Le blog de Dasola

samedi 27 mai 2017

Quand sort la recluse - Fred Vargas

P1050301

Je me suis plongée avec plaisir dans le nouveau roman de Fred Vargas Quand sort la recluse (Editions Flammarion, 477 pages lues en deux jours), où il est question de l'araignée recluse (Loxosceles rufescens), très peureuse, qui se cache et dont la morsure non mortelle peut provoquer des nécroses, des femmes recluses du Moyen-Age et de nos jours (cela a existé), de pigeons et de pigeonniers, de ramiers, de chèvres (comme celle de M. Seguin), d'une famille de merles, d'un chat dormant sur une photocopieuse, d'une tête de murène pas très fraîche. Par là même, on a le plaisir de retrouver Jean-Baptiste Adamsberg, le commissaire béarnais qui est obligé de quitter l'Islande (où on l'avait laissé dans le roman précédent). Il revient dans les locaux de la brigade criminelle du XIIIème arrondissement de Paris pour résoudre une énigme: qui, du mari ou de l'amant putatif, est coupable d'avoir écrasé par deux fois avec un 4x4 une jeune femme de 37 ans, mariée au premier et peut-être maitresse du second? Grâce aux déductions d'Adamsberg, le crime est résolu en deux temps, trois mouvements. A partir de là, Adamsberg et son équipe, sauf son adjoint Danglard qui file un mauvais coton, vont enquêter sans autorisation sur la mort de quelques hommes de plus de 80 ans habitant dans la région de Nîmes. Ces vieillards sont morts d'une piqûre d'araignée appelée la recluse. Dès que la nécrose s'installe, la mort survient dans les trois jours. Convaincu qu'il s'agit de crimes et non d'accidents, Adamsberg nous fait partager ses proto-pensées (des pensées avant les pensées, ses bulles gazeuses). L'enquête n'aboutit par deux fois à rien. On est embarqué entre Nîmes, Rochefort, l'Ile de Ré et Lourdes avec quelques retour vers Paris. Je ne dirai rien de plus. Lisez-le d'autant plus que c'est très bien écrit.

Lire les billets enthousiastes de Brize, de Cathulu,

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,

mercredi 24 mai 2017

Roger Moore (1927-2017)

Hier, le 23 mai 2017, j'ai appris avec beaucoup de tristesse que Simon Templar (Le Saint), Lord Brett Sinclair (Amicalement vôtre) et un des James (Bond) n'étaient plus. Roger Moore incarnait une certaine classe britannique. Il va nous manquer d'autant plus qu'il s'était impliqué dans des causes humanitaire au sein de l'Unicef et dans la défense des animaux.

Personnellement, je vous conseille l'intégrale de la série du Saint (1962-1969) : 118 épisodes que j'ai vus il y un ou deux ans. Chacun des 24 épisodes de la série "culte" Amicalement vôtre (1971) se revoit sans fin. Le duo Roger Moore/Tony Curtis était génial.

Il ne fut pas le meilleur des James Bond mais L'homme au pistolet d'or (1974) ou Dangereusement vôtre (1985) sont réussis.

Posté par dasola à 09:24 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : ,
lundi 22 mai 2017

La colère d'un homme patient - Raúl Arévalo / Tunnel - Seong-hun Kim / I am Not Your Negro - Raoul Peck

Voici trois films sortis à une semaine d'intervalle entre le 26 avril et le 10 mai 2017. Je me rends compte que j'ai vu pas mal de films intéressants après une période de disette cinématographique.

La colère d'un homme patient de l'Espagnol Raúl Arévalo (sorti le 26 avril) raconte d'une vengeance. José, un homme plutôt banal, va attendre huit ans pour se venger de quelques hommes responsables de la mort de sa fiancée lors d'une attaque de bijouterie. Pourquoi huit ans? Il aura attendu patiemment qu'un homme sorte de prison. C'est le seul des voleurs dont il connait l'identité. Le film n'a rien de spectaculaire sauf la scène d'ouverture. Le film n'est pas mal fait, car on met un moment avant de comprendre le but de José. En revanche, j'ai des réserves sur le fait de se venger en commettant des meurtres gratuits. Certes, José ne s'est pas remis du meurtre de sa petite amie, mais de là à se comporter comme il le fait... Il ne fait pas confiance à la justice des hommes en se faisant justice lui-même. C'est dommage. Pascale a mieux aimé que moi.

Je passe à Tunnel du Coréen Seong-hun Kim (sorti le 3 mai). Le film est un peu long mais cela ne m'a pas gênée. Moi qui suis claustrophobe, j'ai compati au sort de Jung-soo qui a eu le malheur d'emprunter un tunnel long de 1,9 km percé à flanc de montagne. Ce tunnel s'écroule sous nos yeux et Jung-Soo se trouve prisonnier dans sa voiture, pas totalement réduite à l'état de crêpe. Comme boisson et nourriture, Jung-Soo n'a qu'un litre d'eau et le gâteau d'anniversaire qu'il devait donner à sa fille. Il a aussi un portable chargé à plus de 85% qui lui permet d'appeler les secours. De nombreuses péripéties émaillent le récit mais on peut noter que la vie d'un homme vaut moins que la construction d'un autre tunnel. Mais Jung-soo a la chance d'être soutenu et aidé par un sauveteur obstiné, Dae-kyoung. Un film qui vaut la peine d'être vu. J'ai aimé le chien qui tient compagnie à Jung-soo. Lire les billets de Pascale, Alex-6 et Princécranoir.

Je termine par I am Not Your Negro du cinéaste haïtien Raoul Peck (sorti le 10 mai). Raoul Peck a plus ou moins mis en image le dernier manuscrit inachevé de James Baldwin (1924-1987), qui voulait rendre compte de la vie de trois personnalités marquantes des années 60 en interviewant Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King. Malheureusement, il n'a pas pu le faire car ces trois hommes ont été assassinés. Ces voix noires dérangeaient. Ils luttaient contre la ségrégation très présente dans beaucoup d'états des Etats-Unis. Depuis 40 ans, rien n'a vraiment changé. Dans certains états, il vaut toujours mieux être blanc que noir. En plus de la voix du narrateur (Samuel L Jackson en VO), j'ai été sensible à la voix de James Baldwin. Son visage expressif et ses yeux sont inoubliables. Le film alterne documents d'époque et texte. L'ensemble est parfois brouillon mais je vous le conseille. Tout comme Pascale et Yuko.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
vendredi 19 mai 2017

A mon âge, je me cache encore pour fumer - Rayhana

Avant qu'il ne soit trop tard, je veux vous conseiller de voir A mon âge, je me cache encore pour fumer de Rayhana. A l'origine, il s'agit d'une pièce de théâtre écrite par la réalisatrice (dont c'est le premier film) qui a été jouée en France (lire le billet d'Hélène). A part l'introduction et la conclusion qui se passent en extérieur, l'action se déroule dans un hammam d'Alger en 1995, au moment où les attentats du GIA font rage. Au générique de fin, on apprend que les séquences en intérieur ont été tournées dans un hamman de Thessalonique construit en 1444 (lire https://fr.wikipedia.org/wiki/Bey_Hamam). Fatima (Hiam Abbass) est responsable d'un hammam avec Samia, sa jeune collègue dévouée qui, à 29 ans, n'est toujours pas mariée. Ce hamman est fréquenté par différentes femmes de tous âges et de toutes conditions. On s'attache rapidement à plusieurs d'entre elles, dont une vieille femme qui explique comment elle a été mariée dès l'âge de 11 à un de ses oncles. Une femme qui vient de divorcer est contente de l'avoir fait, même si elle été physiquement blessée. Une jeune veuve est regardée avec suspicion car son mari faisait partie du GIA. Ce hamman sert aussi de refuge à Miriem, enceinte sans être mariée, qui est menacée de mort par son frère qui la poursuit. Le lieu est sombre, les coupures d'électricité fréquentes, mais on sent une énergie  dégagée par toutes ces femmes très solidaires entre elles. J'ai beaucoup aimé ce film. Les actrices y sont pour beaucoup.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,
mardi 16 mai 2017

Alien Covenant - Ridley Scott / Life - Origine inconnue - Daniel Espinosa / Braquage à l'ancienne - Zach Braff

Comme j'ai à chroniquer des films qui m'ont davantage intéressée, je commence par le tout-venant.

Au début d'Alien Covenant, le énième film avec la celèbre bête dentue bavant de l'acide et pas sympa avec les humains, j'ai eu un peu peur que cela ressemble à Prométheus qui m'avait paru fumeux. Dans une immense pièce de forme ovoïde, très "high-tech", David (l'un des personnages principaux de Prometheus), un androïde, dialogue avec Peter Weyland, son géniteur. Et puis, heureusement que l'on se retrouve très vite en 2124 dans un vaisseau spatial, le Covenant, contenant des embryons, des colons et 15 membres d'équipage, tous en état d'hibernation. Seul Walter, un androïde (copie conforme de David) est "éveillé" et dirige le vaisseau vers une planète accueillante qu'il doit atteindre dans sept ans. Malheureusement, un vent solaire provoque le réveil catastrophique de l'équipage, et des pertubations radios (on entend une chanson) amènent le nouveau commandant à changer de trajectoire. La planète visée ne se trouve qu'à deux ou trois semaines de là. Qu'est-ce qu'ils n'ont pas fait? La planète où le soleil est absent est pleine d'arbres immenses, de rivières et de montagnes. On n'entend aucun bruit d'animaux mais en revanche le blé est mûr. C'est là que l'on fait connaissance des "aliens", des anamorphes ou xenomorphes, des spores à l'origine, qui en s'introduisant par le nez ou par les oreilles des membres de l'équipage se développent très vite et tuent leur hôte. Ils sont indestructibles ou presque. Je ne vous dévoilerai pas plus l'histoire, sauf que l'on retrouve sur cette planète le vaisseau Prometheus, et David qui va affronter Walter. J'avoue avoir eu peur. L'ambiance est angoissante à cause du manque de lumière. Tout le film baigne dans le gris foncé. La fin du film laisse présager une suite. J'ai trouvé que Katherine Waterston s'en tire bien, et Michael Fassbender qui interprète David et Walter vaut le détour avec son comportement glaçant. Mon ami ta d loi du cine a trouvé intéressant qu'il y ait deux androïdes. Pour ma part, j'ai aimé le film avec ses qualités et ses défauts.

Lire les billets de Pascale, ffred, Vladdy pas convaincus du tout. Alex-6 un peu plus?

Je passe à Life-Origine inconnue de Daniel Espinosa, un huis-clos qui se passe dans et autour de la Station Spatiale Internationale. Six astronautes de plusieurs nationalités récupèrent des échantillons de cellules venus de la planète Mars. Ils raniment un de ces échantillons qui est baptisé "Calvin". C'est un organisme unicellulaire qui grossit de plus en plus. Cela ressemble à un poulpe. Il est doté d'une très grande force et de beaucoup d'intelligence. Je ne vous fais pas un dessin: une lutte s'engage entre Calvin et les humains. Calvin pour survivre a besoin de se nourrir (d'humains) et d'oxygène. Le suspense est haletant et la fin fait penser que les ennuis commencent pour l'humanité. Un film pas désagréable à voir bien que Pascale  (encore elle ) n'ait pas trop aimé.

Pour se détendre, mon ami et moi, on a vu Braquage à l'ancienne de Zach Braff. Ce n'est pas le film du siècle mais l'histoire est sympathique et plein de bons sentiments. Trois papys, Joe (Michael Caine), Willie (Morgan Freeman) et Albert (Alan Arkin), apprennent que le fonds de pension qui payait leurs  retraites n'existe plus. Ils vont s'en prendre à la banque qui a récupéré l'argent. Le film est émaillé de quelques gags amusants. Il faut prendre le film pour ce qu'il est, une comédie bon enfant qui se termine bien grâce à une petite fille et sa poupée (pour ceux qui ont vu le film). L'avis de Pascale (toujours elle ).

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , ,

samedi 13 mai 2017

Une famille heureuse - Nana & Simon

P1050287

Il n'est pas courant de voir des films georgiens. En voici un réalisé par Nana Ekvtimishvili et Simon Groß qui vient de sortir sur nos écrans (à Paris tout au moins). Je précise que les cinéastes apparaissent au générique avec seulement leur prénom. Je vous recommande chaudement ce film tant pour l'histoire que pour les comédiens. Par ailleurs, pendant le déroulement de l'histoire, vous aurez l'occasion d'entendre des chants georgiens chantés et joués par les acteurs eux-mêmes. Une famille heureuse est celle de Manana, la cinquantaine, professeur dans un lycée. Elle vit dans un appartement pas très grand avec son mari, ses deux parents âgés et ses deux enfants. Le jour de son anniversaire, Manana annonce qu'elle les quitte tous sans donner une explication et en ne se lamentant pas (telle était la ligne de conduite de la reine Victoria: "Never complain, never explain"). Elle trouve un appartement à louer dans une proche banlieue. On sent qu'elle avait besoin de ce moment et de ce lieu de détente loin des jérémiades de sa mère et des problèmes domestiques. Lors d'une réunion d'amies d'enfance, Manana apprend quelque chose qui lui fait d'autant moins regretter d'être partie. Son mari n'arrive pas à s'habituer à ce départ, mais qui sait ce que l'avenir réserve car le film se termine sur le visage de Manana songeuse. Le film dure 2 heures mais je ne me suis pas ennuyée une minute. J'ai quitté Manana à regret. L'actrice Ia Shugliashvili qui interprète Manana est sensationnelle.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 10 mai 2017

Dans une coque de noix - Ian McEwan / Alex - Pierre Lemaitre / Le promeneur d'Alep - Niroz Malek

P1050276

Quand j'ai vu qu'un nouveau roman de Ian McEwan était paru, je me suis empressée de lire le résumé et je l'ai acheté. Dans une coque de noix (Editions Gallimard, 212 pages) est une réécriture d'Hamlet de William Shakespeare. Sauf que le Hamlet de McEwan est un foetus dans le ventre de sa mère, enceinte d'au moins 8,5 mois. Le roman est écrit à la première personne. C'est le foetus qui est le narrateur. S'il ne voit pas encore, ce bébé à naître entend tout à travers le placenta, et quand le roman commence, on le sent inquiet car il a compris qu'un meurtre se prépare. Sa mère Trudy et son oncle Claude (amant de sa mère) se préparent à empoisonner son père John, un poète pas très recconu. John et Trudy sont en effet séparés et Claude a pris à la place dans le lit conjugal. Je ne vous dévoilerai pas comment le futur bébé va contribuer à l'arrestation des assassins. Le roman est plaisant même si ce n'est pas mon préféré de McEwan.

P1050277

Je passe à Alex de Pierre Lemaitre (Livre de Poche, 396 pages) dans lequel on retrouve le commandant Camille Verhoeven, terrassé par le chagrin depuis la mort de sa femme Irène dans Travail soigné. Alex, une jeune femme vient d'être enlevée. Enfermée dans une cage (une "fillette" comme au temps de Louis XI), dans un hangar désaffecté, on découvre rapidement qu'Alex est à la fois victime et bourreau. Je vous laisse découvrir comment elle arrive à s'échapper de sa cage et quels liens relient les victimes qu'Alex annihile à l'acide sulfurique. Le rythme est haletant et le final glaçant.

P1050275

Je termine par Le promeneur d'Alep de Niroz Malek (Le serpent à plumes, 156 pages) que j'avais repéré chez Miriam (je l'en remercie). Niroz Malek, né en 1946 et issu de la communauté yézidie, est syrien né de parents kurdes. Il vit à Alep en Syrie sous les bombes. Il ne veut pas quitter sa ville à laquelle il est très attaché. Le livre est composé d'une cinquantaine de courts chapitres d'une ou deux pages qui se rapportent à des moments rêvés (souvent des cauchemars) ou réels vécus par l'écrivain ou des proches. Entre les barrages, les barbelés, les maisons à moitié détruites, les bombardements, on continue d'aller au café du coin, on bavarde, on va au marché, on essaye d'aimer et on meurt beaucoup. J'ai été marquée par les chapitres comme "Une violence" (p.51) avec un parallèle entre la violence verbale écrite par un stylo et la violence des tirs de balles, ou "Les portes du jardin public" (p.145), où la grille de l'enceinte du jardin s'adresse à l'écrivain en lui disant "Vous n'allez pas trouver de quoi vous réjouir". Ce jardin public est devenu un cimetière. Un livre court mais intense où malgré tout j'ai trouvé une certaine légéreté grâce à l'écriture magnifique, pleine de poésie. De plus, la traduction est excellente. Je vous le conseille.

dimanche 7 mai 2017

Le journal des présidents - Cabu

Ce 7 mai 2017 au soir, nous aurons élu une 8ème Présidence à la tête de notre Vème République (un Président ou beaucoup plus hasardeusement une Présidente). Je me rappelle avoir repéré en décembre 2014, en solde chez une librairie rue du Faubourg Saint-Antoine, Ma Vème République (de Cabu), et ne pas me l'être acheté sur le moment. On pouvait penser, à l'époque, que les 3ème et 5ème Présidents de la Vème République décèderaient peut-être avant leur dessinateur, naturellement. Inutile de dire que, courant janvier 2015, le livre n'était plus en stock. Quatre des cinq dessinateurs assassinés dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 étaient eux-même plus âgés que la Vème République (pour l'un d'eux, de quelques mois seulement). Wolinski était né en 1934, Cabu en 1938, Honoré en 1941, Tignous en 1957 et Charb en 1967. Je [ta d loi du cine, squatter chez Dasola] cède évidemment à la facilité en choisissant de publier le présent billet billet aujourd'hui (toujours dans la série des "hommages" que je leur rends).

P1050269      P1050270

C'est Dasola qui a acheté, tout récemment, Le journal des présidents signé Cabu.

Comme nul ne l'ignore, Jean Cabut, né en janvier 1938, a vu son 1er dessin publié à 14 ans (via un concours), et on peut dire qu'il est passé "pro" à 16 ans avec ses dessins publiés dans des journaux. La 4ème de couv' mentionne qu'il était titulaire de la carte de presse n°21991. Si tous les dessins de cette publication sont bien évidemment de sa main (sur une période de plus de 60 années de vie professionnelle de dessinateur de presse), il est peu probable que cette compilation en ait été choisie par lui (à moins qu'il en ait eu personnellement l'idée - si c'est le cas, le lecteur n'en est pas informé). Le "Cabu" de ce livre (posthume) est devenu une marque déposée (comme précisé en 4ème de couverture).

P1050272

Une petite recherche dans les bases de données de l'INPI (Institut national de la propriété industrielle) m'a permis de repérer deux dépôts successifs, l'un simplement du mot "Cabu" (N°4166821, le 21 mars 2015), l'autre de la signature elle-même (N°4220387, le 26 octobre de la même année). Je préciserai juste que les "marques" Tignous ou Wolinski n'ont pas été enregistrées. Quant aux nombreuses réponses pour Honoré ou à celle sur Charb, elles sont non-pertinentes.

J'ai regardé cette somme de dessins avec beaucoup d'intérêt, parfois un brin de nostalgie. J'étais loin de les connaître tous. Si j'ai dû voir passer dans Le Canard Enchaîné que je lis depuis plusieurs décennies chaque dessin qui y est paru, je ne me rappelais bien entendu pas tout. Quelques dessins ont déjà été publiés dans les recueils brochés que Cabu publiait régulièrement, mais ce n'est pas forcément la majorité. Et il est à noter que le présent livre est en couleurs. Enfin, j'ai compté plus d'une vingtaine de mentions "croquis inédits." Sur les 175 pages, je me permets juste de "citer" la double page ci-dessous (si cela peut vous mettre en appétit de lire vous-même le reste).

P1050273

Concernant le nombre de dessins par président, il n'est pas non plus directement proportionnel au nombre d'années de mandat pour chacun. Mais des anciens présidents, des présidents en exercice, ou de futurs présidents, pouvaient aussi cohabiter - dans la même vignette, ce qui fausse mes comptes... Allons-y: pour l'anecdote, Coty 1 et Auriol 3 (sous la IVème République, notre K-bu débutait!). De Gaulle 28 (pour 11 ans de Présidence), Pompidou 21 (pour un quinquennat involontaire), Giscard 37 (seul représentant du septennat unique sous la Vème), Mitterrand 91 (en 14 ans - j'ai compté seulement pour "1" la vignette où on le voit vieillir d'année en année, comme les autres cas de vignettes à figures multiples pour un même Président). Chirac bat (sauf erreur de ma part) les records avec 94 dessins (il a aussi été deux fois premier Ministre, deux fois candidat avant de l'emporter en 1995, et a eu, à l'heure où je rédige, des rapports avec deux de ses successeurs de son vivant). Sarkozy est représenté 76 fois pour un quinquennat (Cabu se doutait-il qu'il échouerait à recandidater?), et Hollande 54 fois (pour un peu plus de la moitié de son quinquennat à lui).

Pour en revenir au présent et à nos élections de cette année 2017, la 4ème de couverture de ce livre paru en mars 2017 a donné le quinté dans le désordre pour le 1er tour.

P1050271

Cabu avait bien entendu eu l'occasion de croquer ces personnages politiques, comme je suppose des milliers d'autres de la Vème République. Ne serait-il pas intéressant de faire un corpus complet (une base de données...), avec le nombre de dessins pour chacun? Ou alors, il faudra attendre une thèse universitaire, le genre d'ouvrage visant à l'exhaustivité qu'on ne peut guère réaliser du vivant d'un artiste productif.

Alors que dire encore sur ce livre? Bien évidemment, je suis content de pouvoir regarder ensemble ces dessins réunis sur un même thème (et conscient qu'il peut y avoir un intérêt "patrimonial" à cet ouvrage). Mais, non moins évidemment, j'aurais de loin préféré (comme tout le monde sauf quelques malheureux décervelés) qu'il puisse encore, de longues années, nous faire partager avec humour ses réactions aux événements et fur et à mesure que ceux-ci se produisent...

J'aurais aimé en tout cas qu'il y ait dans ce beau volume une page bibliographique avec la liste de l'intégralité des livres parus du vivant de Cabu, même si certains sont (aujourd'hui, peut-être plus demain?) épuisés. J'avais apprécié la présence d'une telle page pour Wolinski dans Ca, c'est moi quand j'étais jeune (lettre ouverte à ma femme). Pour ma part, je n'étais pas encore revenu sur l'oeuvre cabuesque depuis mon 1er billet évoquant les albums que je possédais sur Le Grand Duduche. Mais peut-être trouverai-je un angle pour parler de tel ou tel autre titre dans les mois à venir? Les intégrales Mon Beauf (octobre 2014 chez Michel Lafon) ou Le Grand Duduche (1ère édition en novembre 2008 chez Vents d'Ouest), toutes deux parues du vivant de Cabu, m'intéresseraient certainement.

*** Je suis Charlie ***

Posté par tadloiducine à 01:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,
samedi 6 mai 2017

Get out - Jordan Peele

Aujourd'hui, j'évoquerai Get out, un film d'horreur (genre cinématographique dont je ne suis pas fan), mais une fois n'est pas coutume. Il n'est pas dénué d'humour et on peut le voir comme un portrait de la nouvelle Amérique de Trump. Ce film à très petit budget a rapporté beaucoup depuis sa sortie aux USA en février 2017. C'est le premier film du réalisateur. Dès la séquence d'ouverture, on sent l'angoisse poindre. C'est la nuit, un jeune noir marche en cherchant une adresse dans une banlieue calme sur un plan. Tout à coup, il est attaqué et enlevé dans une voiture blanche. Après ce prégénérique, on fait la connaissance de Chris, un jeune noir photographe, et de Rose sa petite amie, une jolie jeune femme blanche issue d'un milieu démocrate très aisé. A priori, Rose n'a pas révélé à ses parents que Chris était noir mais elle le rassure. Son père, neurochirurgien, aurait voté une troisième fois pour Obama s'il avait pu. Chris et Rose partent justement pour le week-end visiter les parents et le frère de Rose. Juste avant leur arrivée, un daim s'écrase contre leur voiture. Ce n'est que le début des événements étranges et effrayants que va vivre Chris, bien accueilli par la famille qui vit dans une très belle demeure loin de tout. Il faut noter que les deux domestiques de la maison sont noirs, mais leur comportement paraît étrange. Ils semble apathiques. Dès le premier soir, la mère de Rose, Missy, une psychiatre, pratique l'hypnose sur Chris. Et ce n'est pas terminé car le lendemain, une multitude d'amis blancs des parents viennent pour une surprise-partie dont on se demande la finalité Je ne vous en dirais pas plus car il y a plusieurs retournements de situations qui effraient ou font sursauter. Moi qui ne suis pas très fan de ce genre de film, je me suis laissée séduire par Get out bourré de qualités avec des acteurs convaincants et un scénario malin qui prend les spectateurs par surprise. Je vous le recommande.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags : ,
mercredi 3 mai 2017

Après la tempête - Hirokazu Kore-Eda

Après Nobody knows, Still walking, I Wish, Tel père tel fils, et Notre petite soeur, voici le sixième film que je vois du réalisateur japonais. Après la tempête m'a bien réconciliée avec Hirokazu Kore-Eda car j'avais eu un sentiment mitigé à propos de I Wish et Notre petite soeur. Dès les premières images, j'ai su que j'allais aimer le film. Ryôta (Hiroshi Abe), la quarantaine, père divorcé, travaille dans une agence de détectives privés. Il n'arrête pas d'emprunter de l'argent à droite et à gauche, même à ses collègues. Il triche, il ment mais il a un côté irrésistible. Joueur invétéré, il perd de grosses sommes et n'arrive donc pas à payer la pension alimentaire qu'il doit à sa femme Kyôko, qui élève leur fils âgé d'une dizaine d'années. Avant d'être détective privé, Ryôta  a écrit un roman quinze ans auparavant, mais rien depuis, par manque d'inspiration? Par paresse? Toujours est-il que son éditeur lui propose d'écrire un texte de manga sans que cela enthousiasme Ryôta plus que cela. Ryôta est un père plutôt absent, comme le fut son propre père décédé tout récemment. En revanche, sa mère, encore en vie, est une sacrée personnalité. Un typhon, phénomène météorologique fréquent dans certaines régions du Japon, va peut-être contribuer à un rapprochement entre Ryôta et Kyôko. En tout cas, c'est ce que souhaite ardemment la grand-mère Shinoda Yoshiko. Le rythme est lent mais pas trop. Je n'ai pas vu passer les deux heures que dure le film. Mon personnage préféré est celui de la grand-mère (Karin Kiki). C'est l'actrice qui jouait dans Les délices de Tokyo et Still walking. Il faut noter que le réalisateur est fidèle à certains de ses acteurs.

Lire le billet de Pascale.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags : , ,
dimanche 30 avril 2017

Cessez-le-feu - Emmanuel Courcol / Glory - Kristina Grozeva et Petar Valchanov

Cessez-le-feu, le premier long-métrage d'Emmanuel Courcol, commence par une plongée de la caméra partie de très haut qui atterrit dans une tranchée au plus près du fracas des obus et des hommes qui n'en peuvent plus dans les tranchées. Nous sommes en 1916 en Argonne. On voit quelques "Poilus" qui essayent de survivre. Parmi eux, il y a les frères Laffont, Georges, Marcel et Jean. Sept ans plus tard, en 1923, Georges s'est exilé en Haute-Volta (aujourd'hui Burkina-Faso). Marcel, devenu muet, vit avec sa mère Louise. Quant à Jean, il a été porté disparu. En Afrique, Georges est accompagné d'un Noir, Diofo, qui a aussi combattu dans les tranchées. De village en village, Diofo raconte les quelques événements plus ou moins tragiques qu'il a vécus et dans lesquels Georges est décrit comme un héros. Après avoir retrouvé Diofo blessé à mort dans l'obscurité de la brousse africaine, Georges repart en France. Là, il retrouve sa mère Louise et son frère Marcel, et surtout il croise Hélène, qui enseigne à Marcel la langue des sourds. En 1923, la guerre est déjà presque un souvenir, mais pas très loin de là où vit la famille Laffont, un hôpital s'occupe de soldats traumatisés. Pendant ce temps là en ville, la jeune génération tourne la page et se moque des combattants. Madeleine, une jeune veuve de guerre qui a à peine connu son mari, s'attache à Marcel. Elle pourrait peut-être l'épouser. Georges tombe amoureux de Madeleine. Le réalisateur a porté un grand soin à l'image, aux décors: les paysages africains sont beaux. L'histoire, surtout la fin, m'a fait penser au chef d'oeuvre de Roger Martin du Gard, Les Thibault, en plus lumineux et optimiste. Celine Sallette (Hélène) et Romain Duris (Georges) forment un bien joli couple. Grégory Gadebois qui incarne Marcel n'a pas un rôle facile, je l'ai préféré dans d'autres films. Maryvonne Schiltz (Louise) et Julie-Marie Parmentier (Madeleine) sont convaincantes. Le film est dédié au grand-père du réalisateur.
Lire les billets enthousiastes de ffred, Pascale, larroseurarrosé et princecranoir.

Maintenant je voudrais évoquer le premier film bulgare que je vois de ma vie: Glory. Il est programmé dans 4 ou 5 salles à Paris. Il s'agit d'une farce cruelle qui m'a fait réagir de manière épidermique. J'ai souvent poussé des soupirs, j'aurais voulu rentrer dans l'écran. Par principe, je n'aime pas que l'on se moque des gens qui ne peuvent pas se défendre. La bêtise ou la méchanceté me "hérissent le poil". Même si c'est du cinéma, cela me touche. Tzanko Petro, âgé d'entre 40 et 50 ans, est un cheminot qui fait correctement son boulot en marchant sur les voies, à desserrer ou resserrer les gros boulons des rails de chemin de fer. Il ne fait jamais d'erreur car il sait quand passent les trains en consultant sa montre (qui lui a été offerte par son père) et qui donne l'heure exacte. Quand Tzanko trouve une énorme somme d'argent sur une des voies, il est d'abord éberlué puis prévient les autorités. Que n'a-t-il pas fait? Tzanko souffre d'un gros problème d'élocution qui l'empêche d'avoir une conversation normale. C'est à mon avis une des causes de tous les ennuis qui vont s'accumuler sur lui. Pour le récompenser de son honnêteté, il reçoit une montre (qui avance) lors d'une cérémonie officielle au ministère des transports retransmise à la télévision. La montre de son père lui a été retirée temporairement par Julia Staykova, la responsable des relations publiques. J'aimerais évoquer ce personnage de Julia Staykova, la quarantaine, qui tente d'avoir un bébé par "FIV" et qui représente tout ce que je déteste chez un être humain: capable de tout pour arriver à ses fins, impolie, sans éducation, sans pitié et sans aucune considération pour les autres. Je n'en dirai pas plus. La fin semble logique. Tout se passe hors champ. J'ai aimé le film de Kristina Grozeva et Petar Valchanov, mais en grinçant des dents.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
vendredi 28 avril 2017

A sauts et à gambades - présentation de Dominique (à l'occasion de ses 500 commentaires chez Dasola)

Dominique (A sauts et à gambades) venant de faire son 500e commentaire sur le blog de Dasola, je (ta de loi du cine, squatteur et statisticien de dasola) lui ai demandé si elle accepterait de se prêter à quelques questions-réponses. Elle m'a dans un premier temps donné un accord de principe en disant que ça l'amusait beaucoup, puis, moins de deux jours après, renvoyé ses réponses en disant que cela lui a fait plaisir de participer à cette enquête.

Je précise que lorsque j'avais préparé ce questionnaire (pour Aifelle, en 2014, mais elle avait décliné la proposition à l'époque...), je m'étais inspiré pour les questions de plusieurs blogs littéraires ayant une rubrique "interview de blogueurs / blogueuses" (Delph, de http://mespetitesidees.wordpress.com, Le bouquineur, de http://lebouquineur.hautetfort.com, Linette de http://lire-en-nuisette.fr).

Réponses de Dominique à lire donc ci-dessous!

***************

A_sauts_et_a_gambades

Bonjour Dominique, pour que les lecteurs comprennent qui vous êtes, pouvez-vous vous présenter? Derrière ce prénom (le vrai?), pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous (car un lecteur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, cette information a son importance)?
Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec la littérature?

Dominique est mon véritable prénom et le pseudonyme ivre de livres est un petit clin d'oeil à ma passion.
J'ai 66 ans et je lis depuis ...60 ans !
Mon métier n'a rien à voir avec le livre, l'édition, les bibliothèques mais j'ai fait du bénévolat en bibliothèque pendant quelques années.

* Parlons un peu de vous et de votre blog: A sauts et à gambades (promenades littéraires). Quand et pourquoi avez-vous souhaité le créer? Pourquoi la plateforme "hautetfort"?

J'ai ouvert ce blog en novembre 2008 à une période où par la force je me suis retrouvée avec du temps libre, le blog fut une façon d'occuper mon temps en faisant quelque chose qui immédiatement m'a plu. Hautetfort m'a convenu immédiatement et je ne regrette pas mon choix, j'y suis restée fidèle.

* Vous n'y parlez pratiquement pas d'autre chose que de livres (un seul billet BD, un peu de poésie et de "bribes" diverses...): pourquoi?

Cela correspond à ma façon de lire, j'ai lu beaucoup de BD pendant les années où j'étais bénévole car je voulais me tenir au courant, aujourd'hui c'est un genre qui m'attire peu spontanément mais c'est certainement une erreur, j'ai énormément aimé récemment une BD sur un roman de Philippe Claudel que l'on m'avait offert.
La poésie j'en lis beaucoup mais je trouve très difficile d'en parler donc je met de temps à autre un billet mais j'ai du mal.

* En ce qui concerne la lecture: quel est votre but avec ce blog ?
Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?

Un peu tout ça, le plaisir de partager une bonne lecture, avoir la joie d'un retour positif de lecteurs et lectrices qui ne seraient pas allés spontanément vers un livre donné.
Contre-balancer un peu la sur-médiatisation envers certains livres.

* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour?

Je lis de 12 à 15 livres par mois et cela depuis des années, il y a bien entendu des fluctuations comme ces derniers mois où j'ai moins lu mais moins c'est encore pour moi environ 7 à 8 livres minimum.

La fréquentation du blog je ne la connais plus depuis que Hautetfort a supprimé la fonction statistique il y a maintenant deux ans je crois, à l'époque la fréquentation était très irrégulière mais aux environs de 800 visites par jour.

* Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

idem, à l'époque le nombre de visiteurs était à peu près 20 000 à 25 000 par mois, aujourd'hui je ne sais pas et mon envie de savoir ne va pas jusqu'à installer un système sur le blog, pour être franche je m'en fiche un peu.

* En tant que lectrice, comment vous définiriez-vous? La lecture tient-elle un rôle important dans votre vie?

Un rôle central, je ne m'imagine pas ne lisant pas, à un moment où j'ai crains pour ma vue j'ai commencé à stocker des livres audio pour le cas où, j'y ai pris goût et aujourd'hui j'en écoute régulièrement.

* Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour?

Plusieurs heures maintenant que je suis à la retraite, je lis très tôt le matin 2 à 3 heures et idem le soir, je ne regarde que peu la télévision alors ...

* Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces … Les recherchez-vous?

J'ai beaucoup fréquenté les salons du livre mais plus aujourd'hui mais pour des raisons de santé et non par manque d'intérêt.

* Votre endroit favori pour lire?

Mon fauteuil ou mon lit mais je peux lire à peu près n'importe où, dans une file d'attente, dans le métro, le bus, et autrefois je lisais même en faisant la cuisine, si si, et en marchant ce qui m'a valu quelques bleus et bosses.

* Etes-vous plutôt livre papier ou liseuse électronique?

Les deux mon capitaine, le livre papier est prioritaire bien sûr et ma maison comporte 4 grandes bibliothèques mais j'ai aussi une liseuse depuis plusieurs années et je la juge indispensable pour les déplacements, les voyages, les vacances.

* Comment choisissez-vous vos lectures? (bouche-à-oreille, cadeau, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un auteur vraiment – préféré?

Je visite beaucoup les sites des éditeurs, je lis la presse spécialisée :
Lire, Le magazine littéraire, les pages littéraires de certains journaux. Ensuite je suis mon flair, je lis systématiquement plusieurs pages d'un livre quand je le choisis en librairie pour sentir le style, le rythme ...
Je lis par ricochet un livre dont on parle dans un livre par exemple, je lis par cercle concentrique autour d'un sujet : exemple j'ai lu Les vies de Job de Pierre Assouline qui parlait de Job de Joseph Roth donc ...
Et bien entendu les amis blogueurs qui me prennent par la main et m'emmènent vers des livres que je n'aurais jamais ouverts autrement.

J'aime beaucoup la littérature classique, mais aussi la littérature étrangère, l'histoire et les récits de voyage, en fait je suis plutôt éclectique dans mes goûts car je suis curieuse.
J'ai un ou deux auteurs vraiment préférés : Montaigne et Proust en tête mais aussi Henry James et Balzac, Faulkner et Austen.

* A quoi êtes-vous sensible lorsque vous avez un livre en main?

Ça dépend du contenu, si c'est de la philo, de l'histoire ou un roman, l'enveloppe m'importe peu pourvu que la typographie soit bonne et le livre propre mais si c'est de la poésie, un livre sur la peinture, là j'aime avoir un beau livre en main.

* Offrez-vous des livres? Si oui comment les choisissez-vous?

Oui j'offre très souvent des livres autour de moi, dans l'ensemble ma famille lit beaucoup. J'offre en fonction des goûts bien sûr et en essayant de proposer des lectures qui élargissent un peu le domaine habituel, par exemple je vais offrir un manga à un amateur mais dont l'histoire se passe dans l'antiquité !  Histoire de le transporter ailleurs.

* S’il ne fallait en retenir qu’un? Quel livre vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que avez pu lire?
* Pourquoi celui-ci?

Les Essais de Montaigne parce que c'est un livre qui aide à vivre.

792498


* Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d’une lecture enfantine ou adolescente?

Le Journal d'Anne Franck, lu très jeune et qui a à jamais changé ma vision de l'existence. Sans doute parce que jusque-là j'avais lu des livres où le bien l'emportait toujours: j'avais lu une version raccourcie de David Copperfield, Sans famille par exemple et pour la première fois ce n'était pas un roman mais la vraie vie et elle était injuste et violente, et Anna Karénine lu très tôt, trop tôt mais où j'ai découvert ce qu'était la passion amoureuse.

* Comme d’autres «dévoreuses de bouquins», êtes-vous vous aussi tentée par l’écriture?

Pas vraiment ma passion est trop grande pour la lecture et puis je me sens bien trop mauvais écrivain pour rivaliser avec les auteurs que j'aime.

* Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de Dasola?

Je crois me souvenir que je suis arrivée chez Dasola en venant de chez Aifelle, ce furent les premiers blogs que j'ai fréquenté régulièrement et je leur suis très fidèle.

* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

« Etes-vous parfois tentée d'arrêter le blog ? »

A_sauts_et_a_gambades_2

Posté par tadloiducine à 01:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : ,
mardi 25 avril 2017

The Young Lady - William Oldroy / Sous le même toit - Dominique Ferrugia

The Young Lady de William Oldroy est une adaptation d'un roman russe de 1865 écrit par Nicolaï Leskov, Lady Macbeth du district de Mtsensk, que je n'ai pas lu. Le musicien Dimitri Chostakovitch s'est servi de ce roman pour écrire un opéra en 1930-32. Comme le roman russe, the Young Lady se passe en 1865. L'action se situe en Angleterre dans un paysage austère. Katherine, à peine 20 ans, vient d'être mariée à un homme de deux fois son âge. Ce mariage arrangé ne s'annonce pas bien: Alexander, le mari, semble impuissant. La grande demeure où ils vivent avec Boris, le beau-père odieux de Katherine, et quelques domestiques, est sinistre. Katherine se distrait en allant se promener dans la lande alentour. Pendant que les deux hommes partent pour affaires durant quelques semaines. Katherine tombe dans les bras de Sebastian, un des palefreniers du domaine. C'est un amour fou et exclusif qui va mal se terminer. On découvre en Katherine un être glaçant et dangereux. Elle est prête à toutes les extrémités. Comme l'a écrit Matchingpoints, certaines scènes sont dures. La mise en scène est très travaillée avec les scènes les plus violentes filmées de loin ou hors champ. Un film prenant mais un peu perturbant car c'est dur voire impossible de s'attacher au personnage de Katherine. La jeune Florence Pugh est une révélation, avec son air presque impassible. Lire aussi les billets de Ffred et Pascale.

Je serai très brève concernant le film français Sous le même toit: pas terrible du tout. Si vous avez vu la bande-annonce, c'est amplement suffisant. Delphine, infirmière dans un hôpital, et Yvan, agent d'un footballeur (enfin il essaie), viennent de divorcer, mais Yvan, qui n'a presque pas un sou, habite néanmoins sous le même toit que sa femme et ses deux enfants. Il possède 20% de la maison et donc 20% du frigo, et peut utiliser quelquefois la salle de bain ou le salon. Louise Bourgoin a beau être charmante et Gilles Lellouche faire ce qu'il peut, la comédie est poussive et rarement drôle. On peut passer. Lire le billet de Ffred.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : , , ,
samedi 22 avril 2017

Nuit - Bernard Minier / Les fils d'Odin - Harald Gilbers

P1050264

Dans Nuit (Editions XO, 517 pages) de Bernard Minier, on retrouve le commandant Martin Servaz, dont on avait fait connaissance dans Glacé, qui va à nouveau affronter Julian Hirtmann, un Suisse psychopathe, ancien procureur et dont il est aussi question dans Le cercle. Nuit commence avec le meurtre d'une Norvégienne technicienne sur une plate-forme off-shore dont on retrouve le corps sans vie dans une église de Bergen. Kirsten Nigaard, de la police d'Oslo, est chargée de l'enquête, car son nom écrit sur un papier est retrouvé dans une poche du vêtement de la victime. De Bergen, Kirsten va arriver à un moment donné (presque deux mois plus tard) dans le bureau de Martin Servaz suite aux indices que la police norvégienne a trouvé. Parmi les indices, il y a des photos montrant Martin Servaz pris au téléobjectif ainsi qu'un prénom écrit au dos d'une de ces photos, "Gustav'. Entretemps, menant une enquête, Servaz aura été blessé grièvement par balle par le suspect qu'il poursuivait. Je ne sais pas si j'ai été assez claire, mais l'intrigue assez prenante est pleine de rebondissements menant à de fausses pistes. Le tout est orchestré par Julian Hirtmann qui s'est attaché à Gustav (un garçonnet de 5 ans, très gravement malade) dont il s'est occupé depuis la naissance. Je n'en dirai pas plus sur cette histoire qui m'a un peu moins convaincue que Glacé (j'ai trouvé pas mal d'invraisemblances), mais quand le roman se termine, on attend la suite. Il n'est pas forcément nécessaire d'avoir lu les romans précédents pour comprendre qui sont certains des personnages, quoique... Pour l'anecdote, le petit garçon s'appelle Gustav en l'honneur de Gustav Mahler, le musicien préféré de Servaz et Hirtmann. 

P1050265

Je passe maintenant au roman Les fils d'Odin d'Harald Gilbers (Grands détectives, 10/18, 547 pages haletantes). J'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Richard Oppenheimer, ancien commissaire de la Kripo à Berlin, qui vit plus ou moins dans la clandestinité depuis l'arrivée d'Hitler au pouvoir. En effet, Oppenheimer, marié à une aryenne, Lisa, depuis plus de 20 ans, est juif. On l'avait laissé en mauvaise posture en juin 1944 dans Germania: il avait été déclaré mort. Fort heureusement, dans Les fils d'Odin, on le retrouve 6 mois plus tard. En janvier 1945, vivant dans un meublé sous une fausse identité, Oppenheimer est gardien de nuit dans une banque. La vie d'Oppenheimer ne tient qu'à un fil avec ses faux-papiers provisoires qu'il a obtenu grâce à son amie Hilde, une femme médecin de grande valeur et anti-nazie notoire. A son tour, Oppenheimer va aider Hilde. Cette femme est encore mariée à un médecin qui a pratiqué des "expériences" sur des cobayes à Auschwitz. Hilde se accusée du meurtre de son mari, Erich Hauser. Récemment revenu à Berin, le corps d'Hauser est retrouvé mutilé: la tête et les mains ont été coupées. Oppenheimer va mener son enquête entre le 30 janvier et le 12 mars 1945 dans Berlin en ruines bombardée jour et nuit par les Américains (le matin) et les Britanniques (l'après-midi). Plus que l'intrigue policière, j'ai trouvé très intéressante la description de la vie quotidienne des Berlinois privés de presque tout. Berlin où les trafics en tout genre continuent, ainsi que les dénonciations, et où la Gestapo règne toujours par la terreur. A la fin du roman, Hilde, condamnée à mort (mais pas pour la mort de son mari), a obtenu une semaine de sursis. J'espère que M. Gilbers compte écrire une suite et fin. Les fils d'Odin sont des illuminés se consacrant à un culte germanique autour du dieu Odin/Wotan. C'est très accessoire dans le roman.

mercredi 19 avril 2017

Citoyen d'honneur - Gastón Duprat & Mariano Cohn / L'homme aux mille visages - Alberto Rodriguez

C'est grâce au billet d'Eeguab que je me suis rappelée que je voulais voir Citoyen d'honneur, des Argentins Gaston Duprat et Mariano Cohn. J'ai moi-même aimé ce film dès les premières images. Daniel Mantovani, écrivain reconnu, remercie l'académie Nobel pour le prix qu'elle vient de lui décerner. Si vous arrivez à voir ce film avant qu'il ne passe plus, vous pourrez découvrir son discours assez iconoclaste. Daniel Mantovani vit dans une villa bunker à Barcelone depuis des années, et peu de temps après son prix, lui qui décline toutes les invitations qu'il reçoit, il accepte de retourner à Salas, son village natal. Cette ville au milieu de la Pampa argentine ne semble pas très évoluée, comme les habitants. L'hôtel où descend Daniel est à l'image du reste des habitations: miteux. La ville n'est pas en liesse pour recevoir l'illustre écrivain, et tout va dégénérer assez vite, car quelques habitants n'apprécient pas la manière dont Daniel les a décrits dans ses romans. On sent que tout cela va mal finir. Je ne vais pas tout raconter. J'apprécie ce genre de film hors des sentiers battus.

Je passe à L'homme aux mille visages d'Alberto Rodriguez (La Isla minima) qui raconte des faits réels qui se sont déroulés entre 1994 et 1995. Francisco (Paco) Paesa, espion, agent financier, a exfiltré Roldan, le chef de la Garde civile espagnole, et un milliard cinq cent mille pesetas que ce dernier a dérobé dans les caisses de l'état. Le narrateur, pilote d'avion, un personnage fictif complice de Paco, nous fait faire de nombreux aller-retours entre Madrid et Paris. J'avoue qu'en tant que spectatrice, je n'ai pas tout compris à l'escroquerie qui va aboutir à la condamnation de Roldan, lequel sera trahi par Paesa, mais le personnage de Paco est suffisamment intéressant pour que l'on suive l'histoire avec attention. Paco (Eduard Fernandez, excellent) a l'air si sympathique qu'on a du mal à croire qu'il soit aussi retors et pourtant... A priori, en 2017, Paesa vit à Paris dans le 6ème arrondissement.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
dimanche 16 avril 2017

Je danserai si je veux - Maysaloun Hamoud

 P1050259

Comme Je danserai si je veux (sorti le le 12/04/12 au lieu du 29/03/17), le premier film franco-israélo-palestinien de Maysaloun Hamoud, risque de passer inaperçu, je profite de ce blog pour vous inciter à aller le voir s'il passe par chez vous. Il n'y a pas eu beaucoup d'échos dans la presse et les critiques sont partagées: Le canard enchaîné et Télérama aiment, mais pas Le Monde. C'est l'histoire de Layla, Salma et Nour, trois jeunes arabes palestiniennes qui vivent à Tel Aviv, dans un grand appartement en colocation. La première est une avocate. C'est une belle jeune femme libre qui fume et boit et n'hésite pas à séduire les hommes; Salma est DJ et serveuse dans un bar; quant à Nour qui vient tout juste d'arriver, elle veut préparer au calme ses examens d'informatique loin de son village et de son fiancé qui aimerait avancer la date du mariage. Nour est une jeune femme sage qui porte le voile même en intérieur. Ces portraits vifs et évocateurs de ces femmes, dans un monde où le pouvoir patriarcal n'a jamais été aussi fort, m'ont touchée. Salma se fait déshériter par sa famille qui découvre qu'elle préfère les femmes aux hommes. Le nouvel amoureux de Layla, sous ses airs progressistes, est très traditionnaliste, et il n'accepte pas que Layla fume en public. Quant au fiancé de Nour, un psycho-rigide qui ne serre pas la main des femmes, il a un comportement inqualifiable envers Nour. Heureusement que les femmes savent être solidaires quand il le faut. La dernière scène fait penser à une fin ouverte mais pas forcément heureuse. Les trois comédiennes sont formidables. J'ai vu ce film en avant-première il y a plus d'un mois et je suis très contente de l'avoir vu. Lire les billets de Miriam et Pascale.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , ,
jeudi 13 avril 2017

Cartel - Don Winslow

P1050243

Cartel (Editions du Seuil, 710 pages haletantes) de Don Winslow est la suite de La griffe du chien (voir mon billet). Quand débute Cartel, en 2004 Adán Barrera, un narcotrafiquant, est derrière les barreaux dans une prison de haute sécurité mexicaine mais plus pour très longtemps. En effet, il organise son évasion grâce à l'argent qu'il a versé à tous les gardiens. Adàn redevient le chef du cartel de Sinaloa. Face à lui, Art Keller (ancien agent du DEA), qui avait mis Adán derrière les barreaux, est obligé de reprendre la traque. Adán met la tête de Keller à prix pour 2 millions de dollars et s'engage à mettre la main sur les états limitrophes avec les Etats-Unis avant d'envahir tout le Mexique en écrasant les cartels rivaux. Mais des adversaires redoutables se présentent. Anciens militaires de l'armée mexicaine, ils se font appeler les zetas et sèment le meurtre et la violence. Les victimes se comptent par centaines. en étant décapitées, démembrées, éventrées, exécutées d'une balle ou brûlées vives. Tout ça pour l'argent de la drogue et des armes. Je ne vous décrirai pas le sort réservé aux femmes. Le monde décrit dans Cartel est terrible, cauchemardesque et sans beaucoup d'espoir. Car même si Cartel est un roman, il raconte une histoire tirée de faits réels. En préambule du roman, Winslow donne une liste de plus de 100 journalistes "disparus" ou assassinés (et il y en a eu d'autres) pour avoir essayé de raconter ce qu'il se passe. Le roman se termine en 2014. Le style est fluide. J'ai été "happée" dès le début. Je ne sais pas si c'est un grand roman (l'histoire est très noire) mais c'est un très bon roman. Lire les billets élogieux de Leatouchbook, Inganmic, Athalie, Richard, Didi et Cannibales lecteurs.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : , ,
lundi 10 avril 2017

Corporate - Nicolas Silhol

C'est la première fois que cela m'arrive: je ne suis pas allée au cinéma pendant une quinzaine de jours, faute d'envie de voir les films qui sortaient. Jusqu'à ce que je sois attirée par Corporate, premier long-métrage de Nicolas Silhol, et ceci grâce aux affiches sur les colonnes Morris à Paris. En préambule, nous sommes prévenus, les personnages sont fictifs mais pas les méthodes de management décrites dans le film. Emilie Tesson-Hansen (Celine Sallette) est une "killeuse", elle a été recrutée 100 000 euros par an pour s'occuper d'un service de 73 personnes en tant que DRH dans une multinationale. Elle est chargée de "dégraisser" les effectifs selon un plan appelé "Ambition 2016". Les conséquences de ce plan ne tardent pas à provoquer une tragédie lorsqu'un cadre se jette par une fenêtre et s'écrase dans la cour du bâtiment de l'entreprise. L'inspectrice du travail se met tout à suite à enquêter, et bien entendu Emilie se retrouve dans le colimateur. Tout le monde se détourne d'elle, même la direction. Le scénario comporte quelques retournements de situations pas forcément crédibles, mais Celine Sallette vaut à elle seule la peine de voir ce film. Lire les billets d'Alex-6 et Pascale.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : ,
vendredi 7 avril 2017

Plaidoyer (impossible) pour les socialistes - Bernard Maris

J'ai [Ta d loi du cine, "squatteur" chez Dasola] mis plus de deux ans à rédiger le présent billet. En fait, je viens tout juste de relire ce livre, Plaidoyer (impossible) pour les socialistes, acheté en janvier 2015 et terminé deux mois plus tard - sans que j'aie à l'époque réussi à rédiger quelque chose dessus. Il s'agit du 2ème livre de Bernard Maris que je chronique dans la série de mes "hommages" aux tués du 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. Bien évidemment, on pourra critiquer mon choix de parler ce mois-ci de ce livre-là. Il faut avoir l'honnêteté intellectuelle de reconnaître que Bernard Maris a publié ce livre il y a déjà 5 ans, en 2012 (imprimé en novembre, j'ignore quand il en avait commencé la rédaction). Il contient quelques rares allusions à Hollande Président, à Ayrault premier ministre, ou même à Benoit Hamon ministre délégué chargé de l'économie sociale et solidaire (par exemple, p.39: "étonnez-moi, Benoit"). Soyons conscients que, si Bernard Maris avait eu la chance de ne pas s'être fait assassiner, il aurait peut-être écrit autre chose aujourd'hui (ou pas). J'ignore évidemment ce que notre "Oncle Bernard" aurait bien pu dire sur les projets de nos candidats (primaires, secondaires, supérieurs...) aux élections présidentielles de 2017. Passons donc au livre tel que j'ai pu le lire.

  P1000651

Plaidoyer (impossible) pour les socialistes ne perd pas son temps à chasser tel ou tel éléphant ou tel ou tel courant de notre Parti Socialiste contemporain. Il ne s'agit pas non plus de démolir une doctrine qui apparaîtrait figée par opposition à quelque autre parti politique. Quitte à enfoncer une porte ouverte, j'insisterai sur le fait que le titre mentionne bien "les" socialistes, mais ni "le parti socialiste" ni "le socialisme" (faire l'amalgame relèverait d'un abus de langage, si ce n'est même d'une mauvaise foi partisane). Cependant, dans le livre, Bernard Maris passe en revue (cartographie) toutes les fausses pistes où l'utopie du XIXème siècle s'est fourvoyée voire dévoyée: différents courants liés aux personnalités fondatrices au XIXe siècle, la SFIO (Jaurès est longuement cité), la IIème guerre mondiale (avant: Front Populaire et guerre d'Espagne; après: guerre d'Algérie...) jusqu'à ce qui est devenu en 1971 l'actuel Parti Socialiste: selon les éclairages qu'il donne, à certains moments de l'existence du parti, sous certains dirigeants, le Parti n'a pas vraiment été glorieux.

Bernard Maris nous a donné un ouvrage de philosophie historique, une remise en perspective de ce qu'a pu jadis recouvrir le vocable de "socialisme" depuis les années 1830 où il était connoté différemment, en passant par les tendances diverses chez les socialistes de la seconde moitié du XIXème siècle, jusqu'à ce que nous connaissons, en France, sous le Président Hollande, ancien premier secrétaire du Parti socialiste. Il n'omet pas de décrire le cheminement familial ou personnel qui l'a amené jusqu'à sa rédaction. Il a fréquenté dès sa jeunesse la section SFIO de Muret (qui fait partie des dédicataires) et y a croisé des militants "historiques" auxquels il rend hommage pour la construction de sa "conscience politique". Il nous offre une lecture plutôt convaincante (désabusée?), tout le contraire d'un ouvrage barbant ou rébarbatif. C'est bien écrit, il faut tout lire (3 heures et demie... - pour moi), et c'est malaisé à résumer. L'ayant lu avec profit, je vais tâcher d'extraire quelques pépites de ce pactole et de les coudre bout-à-bout en quête de sens (si ça apparaît décousu, la faute n'incombera qu'à moi!).

Avant de parler du capitalisme en brossant à gros traits ses évolutions historiques, le prologue (p.12) commence par relever que "l'accumulation, l'enrichissement, les inégalités ne sont remises en cause par aucun dirigeant" (p.12). Bernard Maris parle bien des "dirigeants" (ceux qui exercent effectivement le pouvoir), et non des candidats... "L'homme socialiste est celui que le pouvoir indiffère" (p.183). Mais (p.176) "le peuple ne vote pas socialiste parce que le discours du progrès, du changement, de l'ouverture, de la mondialisation, de la transformation, du nouveau, de la prise de risque, de l'aventure sociale, de la mobilité, du changement (sic!), de la réforme ne l'a jamais intéressé. Il voit bien ce qu'il a à perdre dans le changement, pas ce qu'il a à gagner, car en général il n'a rien à gagner." Pourtant, "la limitation des fortunes reste un objectif socialiste" (p.202). "Pas de socialisme sans remise en cause de la propriété privée" (p.68). "Aujourd'hui, le "mur de l'argent" s'appelle "les marchés" et "Marx n'avait pas prévu que le capitalisme s'adapterait" (p.145). "Disons la vérité: non seulement le socialisme ne veut plus détruire le capitalisme, mais il a été contaminé par lui jusqu'aux os et souffre d'économisme, cette maladie grise. Il se croit obligé d'apporter quelque chose de plus efficace, de plus gestionnaire." (p.76). Résultat: on en est arrivé aux "travers du socialisme moderne: technocratique, statistique, étatique et non démocratique, globaliste, mondialiste, libre-échangiste, oubliant la morale au nom de l'efficacité et de la gestion, refusant le passé au nom du progrès et de la modernité" (p.141). Alors que parallèlement on a connu depuis 1945 "une explosion financière, tendance à l'individualisation, au narcissisme, à l'isolement et aux rapports dominants d'égalité monétaire permis par l'échange marchand" (p.15). "Les rêves finissent par s'évanouir, comme le socialisme" (p.103).

Certains "possibles" du socialisme ont été éliminés par le marxisme (dès le XIXème siècle: des socialismes utopiques contemporains du marxisme mais minoritaires face à lui). Maris n'omet cependant pas de rappeler que, "du point de vue des capitalistes, le communisme est une "hérésie", qui doit être combattue voire exterminée". Mais cela ne semble pas suffire à le rendre sympathique. Ah, si Jean Jaurès n'avait pas été assassiné, que n'aurait-il pu se passer? Jaurès, qui, d'un voyage en Algérie, avait ramené la conscience que la politique coloniale menée à l'époque en Algérie serait "le levain de l'extrémisme islamique" (p.129). Jaurès aussi qui, dès 1898, défend ce qui deviendra la Sécurité Sociale en 1945: occasion pour Maris d'introduire (p.135) la notion de "propriété sociale" qui dépasserait la propriété individuelle et (même) collective .

Et si, au final, un vrai "programme socialiste", c'était d'arriver à faire en sorte (à mettre en place les conditions pour que) chacun dans la société se sente heureux d'être là où il est? "On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en partant" (p.187). Mettre en place, enfin, la [République] sociale, axée sur la fraternité. J'en conclus donc que l'étalon de mesure à utiliser ne devrait plus être économique, mais deviendrait un indice du bonheur, en quelque sorte. Brut, mondial, relatif... Il y a le choix! Et encore faudrait-il arriver à convaincre que le vrai but de l'humanité est que chacun soit heureux dans sa vie. Mais ceci est une autre histoire. Un autre plaidoyer?

En attendant, lisez donc vous-même celui-ci.

*** Je suis Charlie ***

Posté par tadloiducine à 01:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 5 avril 2017

Voyage en Guyane 2/2

Voici comme annoncé la suite de notre périple dans ce second billet.

La plus grande partie de la population guyanaise vit au bord de la mer. Les routes sont peu nombreuses. Une route principale relie Saint-Laurent à Saint Georges soit plus de 400 km. Entre les deux, on trouve Kourou, Cayenne, Iracoubo, Sinamary ou Mana. Pour atteindre Maripassoula (sur les bords du Maroni) ou Saul (en plein milieu de la jungle), il faut prendre un petit avion ou voyager en pirogue pendant quelques jours.

Cayenne, le chef-lieu du département de Guyane, a été fondée au XVIIème siècle. C'est une ville dont les rues sont perpendiculaires. Il est donc facile de s'y repérer. Il n'y a rien de remarquable à visiter, sauf peut-être le musée Alexandre-Franconie qui rasssemble des collections diverses dans les domaines de l'histoire naturelle, de l'archéologie, de l'ethnographie et de l'histoire locale. J'ai trouvé ce musée intéressant, et les gardiens (guyanais) étaient accueillants et sympathiques. Dommage qu'il y ait peu de visiteurs. A l'époque où l'on y a été, l'entrée était gratuite.

 P1030989 Les papillons morphos que l'on trouve en Guyane

P1040006 Une grosse araignée

P1040010 Maquette de Cayenne (au XVIIIème ou au XIXème siècle, je ne sais plus)

P1040026    P1040027    P1040030

Trois tableaux sur la vingtaine de toiles peintes par le bagnard Francis Lagrange qui avait été condamné comme faussaire à 18 ans de bagne au début des années 30. Ses tableaux saisissent bien la dure vie des bagnards.

P1040037 Le musée est installé dans une maison coloniale sur la place des Palmistes. La bibliothèque (très bien pourvue en livres sur la Guyane) se trouve dans le même bâtiment.

P1030974 Vue générale de Cayenne

P1030981 La cathédrale

P1030982 P1030984 Monument en mémoire des victimes de l'esclavage et de la traite négrière

Avant de partir vers Saint-Laurent du Maroni, on a fait une balade en canöé avec moteur sur la crique (rivière) Gabriel. L'eau est marron à cause de la proximité de l'Amazonie. On a surtout vu des paletuviers.

P1040041 Les pirogues à moteur dans lesquelles on fait les balades.

P1040056 Palétuvier

Sur la route de Saint-Laurent du Maroni, on s'est arrêté à Mana au bord de l'Atlantique. Je pense que cette petite ville en partie décrépite reflète un certain état de la Guyane...

P1040135 L'église.

P1040110 La maison qui abrite la bibliothèque, réinaugurée il y a un an

  P1040118   P1040109 Maisons qui restent en l'état faute de moyens (?)

P1040124 Les urubus, gros oiseaux qui ressemblent à des vautours, ne sont pas très beaux mais sont très utiles car ce sont de bons "nettoyeurs". Ces charognards éliminent rapidement les cadavres de l'environnement même s'ils ne dédaignent pas les proies vivantes.

La ville de Saint-Laurent du Maroni fondée par l'admininistration pénitentiaire il y a un siècle et demi fut pendant cent ans la seule "commune pénitentiaire spéciale" des territoires français. La visite du camp de la transportation est très intéressante. Notre guide était un Amérindien.

P1040152 Un immense manguier nous accueille à l'entrée du camp de la transportation.

P1040192 Des mangues

P1040161 Intérieur d'un bâtiment où sont mentionnés les mots : Tribunal Maritime Spécial. C'est en effet la Marine qui jugeait les bagnards placés en prévention.

P1040162 P1040168 Vue sur les rangées de cellules comportant une porte et un soupirail.

P1040180 Tout est dit

P1040181 Immense cellule où les bagnards étaient couchés les uns à côté des autres avec la cheville attachée

P1040185     P1040186 P1040187

Le soir, sur un grabas, dans certaines cellules, le bagnard avait la cheville enchaînée à une manille. Un des visiteurs a accepté d'être enchaîné. On ne sait pas si le pire était d'avoir la manille au-dessous ou au dessus de la cheville. On pourra répondre que cela faisait aussi mal d'une façon ou d'une autre.

P1040197 P1040198 Quelques bâtiments de Saint-Laurent

 

P1040199 L'église

P1040194 Une représentation de tortue luth - c'est une espèce menacée qui vient pondre en bord de mer à une soixantaine de kilomètre de Saint-Laurent entre mars et juillet.

On a essayé d'aller aussi à Saint-Jean du Maroni situé à une vingtaine de kilomètres de Saint-Laurent. Là se trouvait le camp de relégation. Malheureusement, il fallait appeler pour prendre rendez-vous. En effet, l'endroit où se situait le camp est aujourd'hui occupé par un camp militaire.

P1040099 P1040102

P1040143    P1040145     P1040146 Le fleuve Maroni

Je terminerai en disant que les 9 jours que l'on a passés dans ce département français m'avaient bien plu malgré l'humidité et la chaleur. J'espère y retourner un jour rien que pour voir le zoo près de Cayenne qui vaut a priori le détour.

Je vous conseille la lecture de Au bagne d'Albert Londres (écrit en 1923), qui a en partie contribué à la fermeture du bagne.

P1050244

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :